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Patrick LEGRAND

Real name: 
Patrick LEGRAND

Membres

Membre correspondant, le 04/12/2002
Décorations
Ordre national du Mérite, Chevalier
Mérite agricole, Officier
Domaines d'expertise

Environnement, paysage, aménagement du territoire, écologie appliquée, écologie urbaine, concertation, débat public

Statut professionnel
Actif
Fonctions professionnelles

Vice-président de la CNDP

Président d'honneur de FNE

Membre du Comité de déontologie et de prévention des conflits d'intérêts de l'ANSES

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Date décès
03/06/2025
Éloge

Patrick Legrand vient de nous quitter, le 3 juin, à l’âge de 76 ans. Un départ qui lui ressemble. Sous des dehors qui ne manquaient pas de surprendre, il était rempli d’attention pour les autres, cachant sous son humour une grande sensibilité. Et, au moment du grand départ, comme pour ne pas nous peiner, il l’a fait à sa manière, avec discrétion et pudeur…

Ce passionné de la cause environnementale savait déstabiliser ses interlocuteurs, en assénant des affirmations carrées, en posant des questions provocantes. Je l’ai entendu un jour intervenir au cours des débats, devant un cénacle de très hauts responsables du domaine nucléaire, absolument sûrs de leur affaire : « Il faut que je vous remercie, les gars ! Les associations environnementales ont un peu de mal à recruter actuellement. Continuez comme ça, vous allez nous donner un formidable élan ! » Une autre fois, il a osé demander si l’on avait songé au risque que pourraient présenter des souris à l’intérieur d’une centrale nucléaire : question déstabilisante, mais pertinente !

Il avait été recruté à l’INRA dans la première moitié des années 1980. Je l’ai retrouvé dix ans plus tard, à la tête du « Courrier de l’Environnement ». C’était l’époque où malgré mes demandes insistantes, l’institut hésitait encore à dépasser l’agriculture pour s’engager résolument dans des recherches sur l’alimentation et surtout sur l’environnement. Je me rappelle l’avoir conforté dans ses choix éditoriaux, précisant que pour être crédible, il devait savoir garder une ligne totalement indépendante de l’institut. Patrick a parfaitement joué son rôle à l’INRA : à lui seul, il a beaucoup contribué à la crédibilité de l’organisme dans le domaine de l’environnement, juste au tournant des années 2000, laissant croire que les forces qui étaient consacrées à ce thème étaient bien plus importantes que celles qui étaient lui étaient effectivement dévolues : les grands paquebots ont besoin d’un peu de temps pour changer de cap.

C’est à cette période qu’il fut appelé comme conseiller de la ministre de l’Environnement, avec notamment le loup dans son portefeuille, sujet controversé au sujet duquel nous avons eu de nombreux échanges. Il a par la suite présidé France Nature Environnement, riche de 46 associations adhérentes, lesquelles fédèrent plus de 6000 associations. Il en était président d’honneur.

Il a été vice-président de la Commission Nationale du Débat Public, une responsabilité dans laquelle il s’est tout particulièrement impliqué, toujours préoccupé de trouver les meilleures méthodes pour associer un large public aux grandes décisions environnementales, une de ses préoccupations majeures. Il a présidé en particulier la commission particulière qui a piloté le débat public concernant le projet international ITER, implanté à Cadarache. Plus tard, je l’ai retrouvé au sein du « Conseil Développement Durable » d’EDF, devenu « Conseil des parties prenantes », chargé d’analyser sans complaisance les dossiers les plus délicats, et, en sept ans, nous en avons abordé beaucoup ! Patrick a toujours répondu présent, s’est constamment

engagé, challengeant les responsables de l’entreprise, tout en respectant scrupuleusement les nécessaires engagements de confidentialité. Il fut pour le président que j’étais un soutien fidèle et irremplaçable, et un incontestable agitateur d’idées. À la même période, il a conseillé durant plusieurs années le président directeur général de Veolia, engagé dans une série d’opérations stratégiques. Il a également fait partie du Comité de déontologie et de prévention des conflits d’intérêt de l’ANSES, l’agence de sécurité sanitaire française. Il avait été élu en 2002 membre correspondant de l’Académie d’agriculture de France.

Il avait de multiples centres d’intérêt. Plusieurs fois, il a réuni au printemps ses amis pour naviguer sur une péniche sur la Marne. Les invités étaient de ceux que lui seul pouvait rassembler : responsables engagés en faveur de la cause environnementale, qu’il s’agisse du monde associatif, de hauts fonctionnaires ou d’élus, tous avec de fortes personnalités, que l’on imaginait rencontrées tout au long de son parcours : Patrick n’aimait pas les caractères ordinaires, et la qualité comme la grande diversité des personnes rassemblées témoignait de sa fidélité en amitié.

Nous échangions régulièrement, à l’occasion de la sortie d’un livre, d’un de ses séjours à Étretat, ou d’un oiseau de proie qui avait établi domicile près de chez lui, à Belleville… Ses centres d’intérêt étaient multiples, comme en témoignait son intérêt pour les armes de l’époque de Jeanne d’Arc, dont il avait ajouté le nom à son adresse mail, patlegdarc. Son humour pouvait être caustique, mais sans cibler les personnes ou leurs fragilités.

Avec Patrick Legrand, un complice et un ami s’en est allé, et de là où il est maintenant, je suis certain qu’il cherchera encore et toujours à défendre la cause qui lui était la plus chère, celle de l’environnement.


Paris, le 10 juin 2025

Paul Vialle