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Paul VIALLE, Président de l'Académie pour l'année 2016

Un pied en ville, l’autre à la campagne, très marqué par ses origines et le choix de son père passé de l’industrie à l’agriculture, Paul Vialle, tout au long de son parcours professionnel, a cherché à tisser des liens entre les citadins et les ruraux, et cela en choisissant des métiers très diversifiés au sein de l’Etat et qui l’ont toujours passionné.
Après une formation classique et le passage par l’Ecole Polytechnique, intéressé par les barrages qu’il n’a en fait jamais construits, il fait le choix du Génie Rural et devient ingénieur du GREF à la sortie de son service militaire, à la fin des années soixante. Il se spécialise dans les modèles mathématiques en hydraulique au ministère de l’Agriculture et met en place une base de données sur les débits des rivières de France, toujours opérationnelle aujourd’hui. Déjà le souci de voir loin dans ses engagements, car les structures sont fragiles, mais aussi celui de ne pas s’enfermer dans des culs de sac, et de saisir les occasions qui passent.
Changement de décor dans l’Hérault, en tant qu’adjoint au DDA où durant sept années, en pleine crise viticole qu’il a du gérer, il s’investit dans la modernisation des caves viticoles, l’implantation du CIRAD à Montpellier et surtout la construction d’un hôpital parmi les plus grands de l’hexagone. Une forme d’apprentissage du savoir faire afin de mobiliser les moyens financiers de l’Etat pour faire avancer des projets. D’où aussi l’envie de se frotter aux réalités territoriales, à l’époque des Lois Deferre de décentralisation en entrant dans la préfectorale à Poitiers comme secrétaire général pour les affaires régionales et directeur des services de la région Poitou-Charentes. Il y est conduit à s’intéresser à l’implantation d’une unité de recherche « Lait de chèvre » avec la premier contrat régional signé avec l’INRA.
C’est là qu’il fait la connaissance de Jacques POLY, PDG de l’INRA, qui lui propose le poste de directeur général adjoint administratif et financier. Nouveau virage professionnel, car la recherche l’a toujours intéressé et aussi parce qu’il avait le sentiment que l’organisation du système de fonctionnement de la recherche était totalement à repenser. En 1981 l’INRA était en quelque sorte une énorme PME dont il convenait de revoir le fonctionnement. D’où l’opportunité de la moderniser en s’appuyant sur la Loi sur la Recherche de Jean-Pierre Chevènement : création d’un ensemble dédié aux biotechnologies (Jouy 2001) à Jouy en Josas, achat du siège actuel de l’Inra à Paris, mise en place des politiques régionales avec l’accent mis sur les biotechnologies animales et végétales, enjeux majeurs du 21ème siècle (Entre constructions hospitalières et organismes de recherche plus d’1,5 millions de m2 construits avec toujours le souci de mettre le paquet sur les investissements qui le méritent).
Après cinq années à l’Inra et le changement de majorité de 1986, il est directeur adjoint du cabinet de François Guillaume à l’Agriculture. Mais très rapidement il est  nommé directeur général de l’Enseignement et de la Recherche. Ce poste l’a beaucoup marqué avec le souci des formations innovantes proposées, offrant en quelque sorte une alternative aux modèles de l’Education Nationale. Avec la Loi Rocard tous les décrets étaient à mettre en place avec pour objectif de les écrire pour au moins une génération. D’où sa fierté de constater que ces textes sont pratiquement toujours opérationnels malgré les alternances politiques que notre pays a connues.
L’enseignement et la recherche deviennent son fil conducteur pendant plusieurs années à la tête de l’AGRO pour en faire une grande école plus ouverte en direction de la recherche et des universités, avec des enseignements très diversifiés porteurs d’avenir, la création de l’Ecole doctorale ABIES, la création  d’une formation d’ingénieurs par l’apprentissage et l’affirmation de la place privilégiée de l’école en matière de recherche.
Retour à l’Inra en service commandé en 1996, au moment de la crise de la vache folle, comme directeur général. Confronté à une fronde interne, il ne se démonte pas et avec l’appui du ministre de la Recherche la méthode Vialle se met en marche, avec en six mois le bouclage d’une réforme en profondeur de l’institution encore en place près de vingt ans après. Ce  haut fonctionnaire atypique et engagé, partout où il est passé, a toujours eu cette vision de l’efficacité et du long terme, mais toujours avec le souci d’associer éthique et technique…et d’intégrer l’acceptabilité de la recherche fondamentale par la société.
Dans ses multiples responsabilités comme président de l’AFFSA et de l’AFSSET, le projet de l’Université Paris Saclay, la création de GENOPLANTE, la vice-présidence du CGAER avec la fusion des Corps des Ponts et Chaussées et du GREF pour constituer le Corps des ingénieurs des Ponts, des Eaux et des Forêts, car l’époque où l’on pensait séparément l’aménagement des villes et celui des champs est révolue, Paul Vialle a mis toute son énergie et son savoir faire dans la réussite de ces entreprises. Il ne fait aucun doute que ce « grand serviteur de l’Etat » mettra toutes ses connaissances et ses compétences au service du rayonnement l’Académie.

Auteur: 
Jean-François Colomer