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Pierre PIGNOT

Real name: 
Pierre PIGNOT

Membres

Membre titulaire, le 19/11/1997
Membre correspondant, le 03/12/1986
Décorations
Légion d'honneur, Chevalier
Domaines d'expertise

Politique agricole commune, OMC, accords commerciaux

Fonctions professionnelles

Directeur honoraire de la Commission de l'Union européenne

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Date décès
23/08/2024
Éloge

Bernard BOURGET : Pierre PIGNOT était membre de l’académie d’agriculture de France en section 10 (économie et politique).  Il était né le 22 mars 1924 et est mort le 23 août 2024 dans sa 101ème année.
Il s’était engagé dans l’armée de libération en 1944 et avait poursuivi cet engagement en Allemagne jusqu’à la capitulation de 1945.
Il était ensuite entré à Grignon en 1946.
  Dans les années 1950, il avait travaillé dans une entreprise de commerce d’engrais et comme conseiller agricole au service de vulgarisation de la direction des services agricoles de la Nièvre, dont il était originaire.
C’est en 1961 que le directeur général de l’agriculture de la Commission européenne, Louis-Georges RABOT, lui propose de faire partie de son équipe en cours de constitution. Toute sa carrière s’est ensuite déroulée à la direction des affaires générale de la DG Agri, jusqu‘à son départ à la retraite en janvier 1989.
Il a vécu des défis importants auxquels la PAC a été confrontée, notamment avec les stocks de beurre et les montagnes de poudre de lait, et les trois premiers élargissements de la Communauté économique européenne: le Royaume-Uni, l’Irlande et le Danemark en 1973, la Grèce en 1981, l’Espagne et le Portugal en 1986, qui ont contraint la PAC à évoluer.
Il a travaillé étroitement avec le premier Commissaire chargé de l’agriculture Sicco MANSHOLT, qualifié de « père de l’Europe verte », pour lequel il avait une grande admiration.
Il s’occupait des comités de gestion et avait établi des relations de confiance avec les responsables professionnels européens. Il stimula le développement du COPA et du COGECA. Il était également responsable des relations avec le Parlement européen.
C’était un homme discret et très cultivé. Son élégance était appréciée, ainsi que sa culture européenne marquée par la guerre et un profond attachement au développement des relations franco-allemandes.
En 2002, il a publié aux éditions L’Harmattan un livre intitulé « Les Anglais confrontés à la politique agricole commune », dont la lecture prend un intérêt particulier après que les Anglais ont quitté l’Union européenne.
Le livre se présente sous la forme d’un dialogue avec un ami anglais, assorti de commentaires de l’auteur, comparant les comportements des Anglais et des Français vis-à-vis de l’Europe, depuis l’entrée du Royaume-Uni dans la Communauté économique européenne jusqu’au début des années 2000.
Il rappelle que le Royaume-Uni avait un pied dans le marché commun et un autre dehors.
Ainsi, dès leur arrivée, les Anglais ont âprement négocié des avantages commerciaux pour les pays du Commonwealth, illustrés par les contingents accordés au mouton et au beurre néozélandais.
Il consacre un développement important aux fortes tensions qu’a connues l’Union européenne au cours de la décennie où Madame THATCHER était au pouvoir, marquées par son combat pour obtenir un rabais substantiel de la contribution du Royaume-Uni au budget communautaire (« I want my money back »), contraire au principe de la solidarité financière.  C’est aussi au cours de cette période que l’Union européenne a été frappée par la crise de la vache folle: elle avait commencé dans un élevage anglais et le gouvernement du Royaume- Uni avait tardé à en informer la Commission européenne et les autres Etats membres .
Pour Pierre PIGNOT, le Royaume-Uni s’est comporté en cheval de Troie de la PAC dans les négociations commerciales multilatérales de l’Uruguay Round, en étant du côté des anciens pays du Commonwealth, qui étaient très actifs au sein du groupe de Cairns, et des Etats-Unis. Il souligne, à juste titre que le résultat de ces négociations se traduisit par la fin de la préférence communautaire, avec le remplacement des prélèvements à l’importation par des droits de douane soumis à réduction et, en conséquence, une diminution des ressources propres de l’Union européenne. Certes, la préférence communautaire n’était que partielle depuis la mise en place de la PAC, car les Etats-Unis avaient exigé que les oléagineux (soja et tourteaux de soja) entrent sans prélèvement dans le marché commun lors du Dillon Round de 1962, comme je le rappelle dans mon livre sur « les défis de l’Europe verte» qui a  été publié en 2012 aux éditions L’Harmattan. Ce qui avait entraîné un effondrement des cultures de légumineuses en Europe et particulièrement en France. La disparition des prélèvements à l’importation est d’autant plus regrettable que leur maintien aurait permis de mettre les agriculteurs européens à l’abri de la volatilité des prix agricoles sur les marchés internationaux qui tend à s’accroître.
Pierre PIGNOT souligne la détermination du Commissaire Neil KINNOCK et de son compatriote Philip LOWE à généraliser l’usage de l’anglais comme langue de travail de la Commission au début des années 2000 : leur succès est tel que l’usage du français a quasiment disparu dans les travaux de la Commission.
Il constate aussi que le Royaume-Uni savait beaucoup mieux que la France valoriser le passage de ses ressortissants dans la Commission européenne.
Ce qui le conduit à reconnaître dans sa lettre à son ami anglais : « Je ne peux qu’admirer la persévérance et la ténacité de votre peuple qui est tout l’opposé de l’inconstance et de la versatilité du nôtre ».
Il mentionne enfin les échecs des tentatives de réforme des traités pour permettre à l’Union européenne de mieux fonctionner avant les élargissements successifs.
Il tempère néanmoins sa déception en citant la conférence de Seattle de 2001 où les quinze membres de l’Union européenne avaient réussi à résister à l’offensive conjointe des Etats-Unis et du groupe de Cairns. Il en conclut que, lorsque l’Europe reste unie, elle peut faire contrepoids aux Américains : une réflexion à méditer en ces temps difficiles pour l’Union européenne, ainsi que la devise de Guillaume d’Orange : « il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer », que Pierre PIGNOT nous demande de ne pas oublier.

Je voudrais remercier Christophe PIGNOT, son neveu, Frédérique LORENZI, sa collègue à la Commission européenne et André FOUGEROUX, qui m’ont fourni les informations nécessaires à la rédaction de cette notice.